Hold These Truths

Parfois, deux titres suffisent à résumer l’état d’un monde qui vacille. Avec cet EP au titre emprunté aux pères fondateurs américains — « Hold These Truths »Richard Scott Davis ne nous livre pas une leçon d’histoire, mais un électrochoc thermique. C’est du brut, c’est du vrai, et ça gratte là où ça fait mal.

Face A : Le Grand Froid et le Sang sur la Glace

Tout commence à « Minneapolis ». Davis nous plonge dans un polar urbain où le vent s’engouffre entre les kicks d’un Boom Bap glacial. L’intro en français, voix de basse et de bitume, pose le décor : ici, la « vérité » a le goût de la trahison.

Davis ne fait pas dans la métaphore filée, il nomme les victimes : Renée Good et Alex Pretti. Deux vies fauchées, deux noms gravés dans le vinyle pour dénoncer la machine de guerre de l’ICE. Cette police de l’immigration, devenue l’instrument implacable de la ligne dure de Donald Trump, est ici désignée comme le bourreau d’un rêve américain en lambeaux. Le morceau rend hommage aux disparus avec une pudeur révoltée. Puis, soudain, une échappée belle : un saxo qui s’envole façon Charlie Parker, comme si le fantôme du Bird venait réchauffer les mains gelées des sacrifiés. C’est noir, c’est politique, c’est viscéral.

Face B : La Fièvre du Métissage

Puis, sans crier gare, Davis nous téléporte sous le soleil du Spanish Harlem. Sa relecture du « Mestizo » de Joe Bataan est un tour de force. Là où d’autres se contenteraient d’une copie conforme, il injecte un groove de prédateur. La ligne de basse est un élastique qui claque contre le bitume. Et quand on croit tenir le morceau, Davis balance un « beat switch » magistral : le Latin Soul se prend un crochet du droit 90s. Le flow s’accélère, les scratchs découpent l’air, et la célébration de la « rainbow skin » devient l’ultime rempart contre la division.

Le Verdict

Richard Scott Davis signe ici un manifeste en deux actes. « Hold These Truths » est un pont jeté entre la colère sociale et la joie de l’unité, entre le froid du Minnesota et la chaleur de Puerto Rico. C’est un disque qui sent la poussière des vinyles et l’urgence du combat.

Artiste : Richard Scott Davis
Tous les titres écrits et produits par E. Fiancette (sauf reprise)
Artwork & direction artistique : E. Fiancette
Label : Still Here Records — 2026

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